Comment trouver les bons mots à l’oral ?

(et pourquoi ce n’est pas la bonne question).
“Je sais ce que je veux dire… mais je n’arrive pas à trouver les bons mots pour l’exprimer.” C’est une des phrases que j’entends le plus souvent en formation à la prise de parole. Les participantes arrivent avec des idées claires, des réflexions pertinentes, parfois même des formulations très justes… dans leur tête.
Mais dès qu’il faut parler, tout se brouille. Les phrases se rallongent, les mots manquent, les tics parasites débarquent. Rien ne se passe comme prévu.
Alors forcément, une question revient : comment trouver les bons mots à l’oral ? Arrivons immédiatement à la conclusion : ce n’est pas vraiment une question de mots. C’est une question de pression, de fonctionnement du cerveau… et de lâcher-prise.
Pourquoi on n’arrive pas à trouver les bons mots à l’oral ?
À l’écrit, tout semble plus simple. On peut chercher, effacer, reformuler, embellir. À l’oral, en revanche, il faut penser et parler en même temps. Et ce double mouvement demande une vraie coordination mentale.
Dès que le stress s’invite, cette mécanique se dérègle. Le corps se met en alerte, le souffle se raccourcit, et le cerveau bascule en mode “survie”. Dans cet état, le cortex préfrontal – celui qui nous aide à structurer nos idées et à trouver nos mots – fonctionne moins bien.
C’est là que tout se complique : les idées sont là, mais les mots ne suivent plus. On hésite, on s’embrouille. Très vite, un doute s’installe chez l’oratrice. Qui ressort avec une grande frustration de sa prise de parole ou de sa conversation.
Le piège : vouloir absolument “trouver les bons mots”
C’est souvent ici que le cercle vicieux commence. La quête du mot parfait est un frein à la spontanéité.
Plus vous vous mettez la pression pour bien dire, plus votre cerveau se crispe. Et plus il se crispe, moins il est disponible pour laisser émerger les mots.
Quand on a un mot “sur le bout de la langue”, plus on force, plus il nous échappe. Le mieux est de décrire le mot qu’on cherche, ou faire un geste pour le mimer… et là, hop, magie : il revient. Ou une personne nous a aidé à le trouver. Dans tous les cas, on avance et c’est bien là le principal.
Et si on lâchait les “bons mots” ?
La réalité, c’est que les “bons mots” n’existent pas vraiment à l’oral.
Ce qui fait la force d’une prise de parole, ce n’est pas la perfection du vocabulaire. C’est la clarté du message, la sincérité de la personne qui parle, la gestuelle qui est en accord avec l’intention, et la qualité du lien créé avec le public.
Je trouve personnellement qu’une phrase simple, dite avec intention et présence, aura toujours plus d’impact qu’une formulation sophistiquée, mais hésitante.
Langue orale vs langue écrite : deux mondes différents
On oublie souvent une chose essentielle : on ne parle pas comme on écrit.
À l’écrit :
- phrases longues, structurées,
- vocabulaire varié,
- temps pour réfléchir.
À l’oral :
- phrases plus courtes,
- syntaxe plus simple,
- répétitions naturelles,
- ajustements en direct.
Chercher à reproduire un style écrit à l’oral est une erreur fréquente et une grande source de blocage. L’oral est un langage vivant, qui privilégie la compréhension immédiate plutôt que l’élégance formelle.
De plus, à l’oral, vous « prenez » votre public là où il est (plus ou moins à l’écoute, avec ses propres contraintes). A l’écrit, votre public décide de quand il va lire votre message ; et cela change tout car il a la disponibilité physique et intellectuelle pour le faire, et donc pour apprécier un vocabulaire riche.
Comment bien s’exprimer à l’oral ?
Des leviers pour faciliter l'accès aux mots quand on parle
La première clé, c’est de préparer son message plutôt que ses phrases. Avoir en tête une structure claire et quelques idées fortes permet de rester souple et d’éviter la panique du “trou noir”. Les mots viennent plus facilement quand on sait où l’on va.
Ensuite, il y a un élément incontournable : la pratique. Répéter dans sa tête ne suffit pas. Il faut parler à voix haute, s’entraîner, tester, s’enregistrer et s’écouter. C’est en mettant les mots en bouche que le cerveau apprend à fluidifier le passage entre la pensée et la parole.
Travailler son vocabulaire peut aussi être utile, mais en amont. Chercher des synonymes, simplifier ses idées, lire régulièrement… tout cela nourrit votre langage. Mais le jour J, l’enjeu n’est pas d’être brillante, c’est d’être compréhensible.
Un autre levier souvent sous-estimé : ralentir. Quand on parle trop vite, les mots se bousculent et la pensée se brouille. En ralentissant, on laisse de l’espace à son cerveau pour formuler, et à son corps pour respirer.
Enfin, il y a une compétence clé : accepter l’imperfection. À l’oral, vous allez hésiter, reformuler, chercher vos mots. Et c’est parfaitement normal. Le public n’attend pas un discours parfait, mais une parole vivante et accessible. Et si cela est quand même exigé de vous, ou si on vous fait des remarques peu constructives sur ce point : interrogez-vous sur la qualité de la relation avec ces personnes, plutôt que sur vous-même.
Se former pour fluidifier sa parole
Chez Les Nouvelles Oratrices, on accompagne les professionnel·les et les équipes qui pensent “mal parler”… alors qu’elles sont surtout trop exigeantes avec elles-mêmes et ne savent pas comment se préparer pour s’exprimer.
En formation, on travaille autant sur la technique que sur le rapport à soi : comprendre ce qui bloque, s’entraîner dans un cadre sécurisant, et retrouver une parole plus simple, plus directe, plus incarnée. Parce qu’au fond, parler avec impact, ce n’est pas trouver les bons mots. C’est leur faire une place pour qu’ils viennent sereinement et avec confiance, de votre coeur jusqu’à vos lèvres.
